Le Cheval Spontané | Comprendre comment regarder le Cheval sans attentes

  • Posted on: 18 May 2015
  • By: Jose

Les chevaux étant souvent considérés comme des animaux anxieux et imprévisibles, la peur de les laisser s’exprimer, dans des situations nouvelles, convaincus que cela pourrait être dangereux et qu’ils pourraient se faire mal ou faire mal à l’humain concerné, les rend réellement anxieux et imprévisibles. Ce qui constitue un cercle vicieux étrange. Par exemple, la peur d’être mordu par un cheval fait que nous repoussons sa tête à chaque fois qu’il essaie de nous comprendre en nous flairant de près ou en nous explorant avec ses lèvres. Le fait de pousser, voire des actions plus sévères, transforment cette même intention de comprendre en une situation d’incompréhension plus tendue du point de vue du cheval. Pour la même raison nous les privons souvent de leur comportement social.

Dans notre société les chevaux vivent trop souvent en isolement social, ils ne peuvent donc pas s’exprimer à travers leur comportement social, et c’est quelque chose que nous savons tous désormais (même si la plupart des chevaux continuent à vivre ainsi). Ils apprennent à vivre une vie au cours laquelle ils attendent les commandes de l’humain, en oubliant qu’ils ont leurs propres intentions véritables et des intérêts spécifiques.

Même lorsqu’ils vivent avec d’autres chevaux, les groupes sont souvent non permanents, non familiaux ou de type familial. Avec beaucoup de dynamiques changeantes dans le groupe, leur interaction est souvent axée sur un comportement défensif et pas précisément social, au lieu de faire confiance à leurs compagnons de troupeau afin de s’exprimer à leur manière cognitive naturelle, par exemple en montrant un comportement affiliatif, en se déplaçant en troupeau, en tenant compte les uns des autres d’une façon proactive.

Ce que les humains voient souvent sont les comportements réactifs comme par exemple les dynamiques de dominance/leadership, qui dans les groupes familiaux ou de type familial ne se produisent en fait que dans de rares cas, et non dans la routine quotidienne aléatoire. Les comportements sociaux sont de subtils et petits gestes et souvent des comportements peu visibles qui ont une fonction cohésive importante pour un troupeau. Cela est bien plus qu’un grooming mutuel, qui peut aussi être l’expression d’une tentative pour réduire la tension.

C’est, par exemple, l’observation mutuelle et des dynamiques du troupeau, en regardant à distance tout en mangeant de l’herbe, un comportement de pré-conflit pour éviter les tensions, le fait de se flairer l’un l’autre pour mieux comprendre une situation donnée. Un autre groupe très important de comportements spontanés est le comportement d’investigation/exploratoire, fondamental pour un développement correct des fonctions cognitives. En fait, les gens utilisent souvent des techniques, méthodes et outils qui dépossèdent le cheval de l’opportunité d’explorer son contexte de référence, les autres chevaux, l’humain et lui-même. Par exemple, lorsque nous demandons au cheval de nous prêter attention, alors que nous le distrayons en fait de la situation sur laquelle il était lui-même concentré.

Certaines approches de toilettage également, comme le fait de couper les vibrisses du cheval (la moustache), le privant de la possibilité d’explorer de façon appropriée en utilisant son comportement spontané, vu qu’elles sont importantes pour les récepteurs sensoriels, et induisant de ce fait des facteurs de stress, qui réduisent en même temps le bien-être du cheval. 

Les comportements spontanés sont importants pour le cheval afin de développer un dialogue cognitif. Les chevaux qui sont habitués aux comportements réactifs/défensifs (souvent à cause de la suppression des comportements spontanés) montrent de la tension dans leur comportement, même dans les très petits gestes et nous donnent, à nous humains, une impression de tension. Une sensation dont nous ne nous rendons pas toujours compte de façon consciente.

La réduction du comportement spontané se produit souvent déjà lors de l’entrainement initial des jeunes chevaux. Dans ces moments-là, les chevaux vivent une forte réduction de leurs comportements spontanés naturels dans le but de parfaire un comportement fonctionnel pour les désirs anthropocentriques de l’humain. Le conditionnement opérant appliqué à cette occasion (avec un renforcement négatif ou positif) réduit de façon drastique les comportements spontanés et par voie de conséquence le bien-être équin. Les comportements réactifs qui sont enseignés à la place sont trop souvent pris par erreur pour des comportements de libre choix dans l’interaction avec l’humain. Par exemple, courir vers une personne dans un paddock avec des attentes de nourriture n’est pas un libre choix. Suivre un être humain lors d’un join up, et d’autres comportements basés sur des ordres, ne sont pas des libres choix. Le cheval affiche des macro-comportements qui nous plaisent d’un point de vue anthropocentrique, mais en même temps montrent des micro-signaux de conflit interne. 

Dans le travail de facilitateur, travailler à une relation authentique et en être conscients est très important pour continuer à développer la relation et les capacités du facilitateur, de façon à ce que les gens puissent vivre une relation pure et solide. Dans l’approche zoo-anthropologique, particulièrement lorsqu’on travaille comme facilitateur de l’interaction cheval-humain, il est fondamental de donner au cheval la possibilité d’exprimer son propre monde et son comportement spontané. Lorsqu’en tant qu’humains, nous prêtons attention au cheval et laissons place à son expressivité,  nous amorçons une relation inter-espèces.

Apprendre à être curieux et ouvert envers l’expression de l’autre, sans se perdre soi-même, et comprendre comment devenir agile dans notre façon de nous connecter au monde et à nous-mêmes est fondamental pour des expériences socio-émotionnelles solides dans une société plus axée sur la performance que sur la relation. L’humain comme le cheval devraient être en mesure de comprendre leur motivation interne, plutôt que de répondre à un comportement désiré, à partir du contexte où nous vivons.

De manière différente, Learning Animals explique comment l’approche zoo-anthropologique donne l’opportunité aux chevaux de créer leur propre carte mentale, comme la carte sociale, la carte d’apprentissage, la carte de relation humain-cheval, en utilisant leurs propres capacités mentales ou physiques, sans être conditionnés, vu que le comportement est l’expression d’un état d’esprit et non le résultat de stimuli directs et automatiques, externes ou internes.

L’attention, la conscience, la relaxation, le contact et l’interaction sociale sont des mots-clefs dans une interaction spontanée.

 

Auteurs: Francesco De Giorgio | José De Giorgio-Schoorl | “Learning Animals”, Institut de Zooanthropologie, www.learninganimals.com

Traducteur: Astrid Clavé 

Photo: Raffaella De Giorgio

Publié précédemment dans “Relations“, Juin 2014 www.ledonline.it/Relations